95 % des pilotes d’IA générative ne produisent aucun retour mesurable (MIT, 2025). On accuse les modèles. Regardez plutôt ce que vous achetez : de l’intelligence en location.
Louer, c’est repartir de zéro à chaque requête. Le modèle généraliste redécouvre votre contexte, brûle des tokens à reconstituer ce que vos équipes savent depuis quinze ans, et vous facture ce raisonnement tous les mois. Coupez l’abonnement, il ne reste rien dans la maison.
La verticalisation de surface loue la même chose sous une autre plaquette : produit standard, prompt engineering, mention « conçu pour la banque ». Le connecteur aussi. SharePoint, Notion, Copilot, Gemini : on découpe le corpus, on l’indexe, la question ramène quelques passages par proximité sémantique. En démo, c’est spectaculaire. En production, le système ignore ce qu’il n’a pas rapporté, que la procédure de 2023 a été abrogée, que ce paragraphe est classifié et pas le demandeur. Il rend une synthèse plausible que personne ne peut vérifier. Devant un comité d’engagement, ça s’appelle un passif.
Un système qui engage une décision doit savoir ce qu’il a interrogé et ce qu’il a écarté. Le langage peut rester probabiliste à l’entrée. Le chemin vers la donnée, non. Encore faut-il que votre organisation soit modélisée, et elle ne l’est nulle part.
Une IA qui connaît l’assurance ne vous sert à rien : vos concurrents ont la même, au même prix, le même jour. Personne n’a jamais construit un avantage durable sur un actif que tout le marché loue. Ce qui vous distingue tient dans vos dénominations internes, vos règles non écrites, les exceptions que vous tolérez, la façon dont un dossier remonte chez vous. Aucun corpus d’entraînement ne contient ça : c’est dans vos bases, vos documents, et la tête de trente personnes dont une partie part en retraite cette année.
D’où le sur-mesure, seule forme viable d’IA en entreprise.
L’ontologie
Prenez le taux de rendement de vos lignes. Chaque site du groupe compte les arrêts à sa façon, traite les changements de série à sa façon, sort la maintenance planifiée du calcul ou l’y laisse. Un modèle branché sur vos documents devinera, bien ou mal selon le jour. Une ontologie déclare la règle, la trace jusqu’aux compteurs machine, et la rend opposable en réunion.
Le mot est galvaudé, soyons précis. Ni catalogue de données, ni glossaire enrichi. Le modèle exécutable de votre organisation : les entités qui existent vraiment chez vous, un Lot, une Non-conformité, une Contrepartie, un Actif surveillé, leurs relations, les opérations permises, les règles qui les contraignent, la classification qui gouverne chaque lien.
Et elle bouge. Une ontologie gelée devient en dix-huit mois une fiction que les métiers contournent. Chaque source nouvelle, chaque exception du terrain, chaque évolution réglementaire l’amende, avec l’effet sur les décisions passées. Elle s’accumule au lieu de se déprécier.
Palantir a prouvé le principe avec Foundry, au prix de l’ancien monde : des mois de cartographie, des ingénieurs en résidence, une facture de migration SAP. L’enjeu de 2026 tient à obtenir le même actif en quelques heures.
Monarch
Nous confions la cartographie à des agents. Ils lisent vos schémas, profilent vos données, interrogent vos experts, confrontent le modèle au réel, et l’ontologie sort de là. Reste à la remplir : c’est le travail de Galahad Mercure, notre brique d’ingestion, qui industrialise les pipelines d’extraction et de traitement jusqu’aux entités déclarées. Lecture seule, aucune migration.
Viennent ensuite les agents opérationnels, et c’est là que les projets se gagnent ou se perdent. Personne de sérieux ne remet les clés du royaume à des agents autonomes. Monarch fonctionne donc comme un plan de contrôle : ils n’accèdent jamais à la donnée en direct, ils passent par l’ontologie, qui porte les habilitations. Un agent hérite du niveau de l’opérateur qui l’invoque et ne voit rien au-delà, y compris quand classifié et non classifié cohabitent. Chaque écriture est prévisualisée, révocable, consignée : quelle donnée, quelle règle, qui a tranché, à quelle seconde. Les modèles tournent dans votre périmètre, sur vos poids si vous les voulez. Détenir les poids, c’est détenir les moyens de production. À défaut, vous confiez votre savoir à un fournisseur qui le revendra à votre concurrent, avec votre argent.
Ce que ça donne
Manufacturing. Un fournisseur signale une dérive sur un lot de pièces. Aujourd’hui, deux services passent trois semaines à reconstituer quels appareils sont concernés, nomenclatures, bons de livraison et modifications techniques à la main. Avec le modèle en place, la liste tombe en quelques minutes, sourcée, et se défend devant l’autorité de certification.
Assurance et banque. Garanties, exclusions, jurisprudence interne, contreparties et limites d’exposition déclarées une fois pour toutes. Chaque conclusion s’adosse à la clause qui la fonde, et un contrôleur refait le chemin six mois plus tard. La fraude devient un motif dans le graphe.
Renseignement. Vingt sources cloisonnées, chacune à son niveau. Les agents corrèlent d’un silo à l’autre sans jamais faire descendre du classifié là où il n’a rien à faire, et la hiérarchie obtient la traçabilité qu’elle exigera avant d’engager quoi que ce soit.
Rien de tout ça ne se standardise, ce qui le rend défendable. Ce qui se standardise, vos concurrents l’achètent aussi.
Dans trois ans, le modèle de votre organisation appartiendra à quelqu’un. Autant que ce soit vous.